Mayotte, la Guyane, l'Eure-et-Loir, la Seine-Saint-Denis et l'Eure sont les cinq départements où la densité de médecins généralistes libéraux est la plus faible en 2026, entre 1,68 et 5,69 pour 10 000 habitants contre 9,20 en France. Dans 78 départements sur 101, le nombre de généralistes a reculé en cinq ans, et 26 151 communes, soit 12,0 millions d'habitants, n'ont aucun généraliste libéral sur leur territoire.
Comment ce classement est construit
Le mot « désert médical » n'a pas de définition réglementaire. Pour classer les départements, nous retenons l'indicateur le plus simple et le plus robuste : le nombre de médecins généralistes libéraux exerçant dans le département rapporté à sa population, exprimé pour 10 000 habitants. Il est complété par deux lectures qui nuancent le rang : la part de la population vivant à plus de quinze minutes d'un médecin généraliste et le solde des effectifs sur cinq ans (2020-2025).
Une précaution de lecture : les effectifs proviennent du répertoire RPPS et ne retiennent que les généralistes ayant une activité libérale (savoir-faire SM26, SM53 et SM54), comptés à leur lieu d'exercice déclaré. Les spécialistes et les praticiens hospitaliers n'y figurent pas : la densité dit ce qu'un patient trouve pour choisir un médecin traitant, pas l'offre hospitalière du département. La part des généralistes de 55 ans et plus n'est pas publiée : la DREES ne diffuse pas de ratio d'âge pour ce champ, et Toposanté ne l'extrapole pas à partir de l'ensemble des médecins.
Les 20 départements les moins dotés en généralistes libéraux
| Département | Population | Généralistes | Pour 10 000 hab. | > 15 min | Solde 5 ans |
|---|---|---|---|---|---|
| Mayotte | 256 518 | 43 | 1,68 | 48,2 % | +8 |
| Guyane | 293 996 | 116 | 3,95 | 7,8 % | −9 |
| Eure-et-Loir | 433 129 | 235 | 5,43 | 0,2 % | −46 |
| Seine-Saint-Denis | 1 704 316 | 937 | 5,50 | 0,0 % | +27 |
| Eure | 602 714 | 343 | 5,69 | 0,1 % | −29 |
| Mayenne | 305 468 | 176 | 5,76 | 0,0 % | −18 |
| Cher | 298 660 | 173 | 5,79 | 1,2 % | −50 |
| Essonne | 1 338 485 | 778 | 5,81 | 0,0 % | −112 |
| Sarthe | 566 733 | 337 | 5,95 | 0,0 % | −13 |
| Lot-et-Garonne | 333 602 | 207 | 6,20 | 0,3 % | −48 |
| Ain | 679 344 | 429 | 6,31 | 0,0 % | −44 |
| Saône-et-Loire | 550 310 | 351 | 6,38 | 0,2 % | −58 |
| Loiret | 691 268 | 446 | 6,45 | 0,0 % | −32 |
| Yonne | 332 267 | 215 | 6,47 | 0,8 % | −40 |
| Indre | 216 069 | 140 | 6,48 | 0,1 % | −14 |
| Oise | 829 899 | 538 | 6,48 | 0,0 % | −51 |
| Yvelines | 1 485 086 | 978 | 6,59 | 0,0 % | −123 |
| Haute-Marne | 168 331 | 113 | 6,71 | 2,1 % | −30 |
| Orne | 275 201 | 188 | 6,83 | 0,1 % | −20 |
| Val-de-Marne | 1 426 929 | 994 | 6,97 | 0,0 % | −23 |
Trois enseignements se dégagent. D'abord, la géographie : hors Mayotte et Guyane, l'Île-de-France place quatre départements dans la liste (Seine-Saint-Denis, Essonne, Yvelines, Val-de-Marne), et le Bassin parisien en compte sept autres (Eure-et-Loir, Eure, Cher, Loiret, Yonne, Indre, Oise). La Mayenne, la Sarthe et l'Orne à l'ouest, la Saône-et-Loire, la Haute-Marne et l'Ain à l'est, le Lot-et-Garonne au sud-ouest complètent le tableau.
Ensuite, la dynamique : sur ces vingt départements, dix-huit ont perdu des généralistes entre 2020 et 2025. Les Yvelines en ont perdu 123, l'Essonne 112, la Saône-et-Loire 58, l'Oise 51 et le Cher 50. Seules Mayotte (+8) et la Seine-Saint-Denis (+27) progressent, à partir de niveaux très bas. À l'échelle nationale, les baisses les plus fortes en valeur absolue touchent Paris (−276), le Nord (−162), les Yvelines, l'Essonne et le Pas-de-Calais (−107).
Enfin, la banlieue : la Seine-Saint-Denis, quatrième département le moins doté de France, compte 937 généralistes libéraux pour 1,7 million d'habitants. Le désert médical n'est pas qu'une affaire de campagne : il touche aussi des départements denses, jeunes et bien desservis en transports.
Pourquoi la part de population à plus de 15 minutes reste faible
Le lecteur s'étonnera que la part de population vivant à plus de quinze minutes d'un généraliste soit presque nulle dans des départements réputés sous-dotés. La raison tient à la manière dont le temps d'accès est calculé : il vaut zéro dès qu'un médecin exerce dans la commune, et il mesure un trajet en voiture vers le cabinet le plus proche, sans tenir compte de sa charge. En métropole, le maillage des bourgs suffit à placer presque tout le monde à moins de quinze minutes d'un cabinet. L'indicateur ne devient parlant qu'outre-mer et en montagne : Mayotte (48,2 %), la Haute-Corse (9,5 %), la Guyane (7,8 %), la Corse-du-Sud (6,4 %) et la Lozère (5,4 %).
Le désert médical métropolitain n'est donc pas d'abord une question de distance, mais de capacité : un cabinet accessible dont l'agenda est plein. Pour le mesurer, la DREES a construit l'accessibilité potentielle localisée, qui pondère l'offre par son activité et par la demande environnante. Nous en détaillons le fonctionnement et les limites dans un article dédié à l'APL.
Le contrepoint : les cinq départements les plus dotés
| Département | Population | Généralistes | Pour 10 000 hab. | > 15 min | Solde 5 ans |
|---|---|---|---|---|---|
| Hautes-Alpes | 143 467 | 200 | 13,94 | 2,3 % | +18 |
| Gironde | 1 690 493 | 2 353 | 13,92 | 0,0 % | +77 |
| Pyrénées-Atlantiques | 706 564 | 936 | 13,25 | 0,7 % | +72 |
| Alpes-Maritimes | 1 128 418 | 1 485 | 13,16 | 0,5 % | −15 |
| Savoie | 448 226 | 586 | 13,07 | 0,5 % | +39 |
L'écart entre les extrêmes est de un à huit entre Mayotte et les Hautes-Alpes, de un à deux et demi entre l'Eure-et-Loir et les Hautes-Alpes. Paris, avec 11,40 généralistes libéraux pour 10 000 habitants, n'est pas dans ce groupe : une fois les spécialistes et l'hôpital écartés, la capitale est au-dessus de la moyenne sans dominer. À l'échelle des régions, Centre-Val de Loire (7,2) et Île-de-France (7,5) sont les régions métropolitaines les moins dotées, devant les Pays de la Loire (8,2) et la Bourgogne-Franche-Comté (8,7) ; Provence-Alpes-Côte d'Azur (11,8), la Corse (11,3) et la Nouvelle-Aquitaine (11,1) les mieux pourvues.
Le zonage ARS confirme l'étendue du problème
Les agences régionales de santé classent chaque commune selon la difficulté d'accès aux médecins généralistes. Au millésime 2024, 16 730 communes sont en zone d'intervention prioritaire (ZIP) et 13 800 en zone d'action complémentaire (ZAC), pour 3 524 communes hors zonage et 831 en zone d'accompagnement régional. Autrement dit, près de neuf communes sur dix ouvrent droit, pour une première installation de médecin, à l'aide conventionnelle de 2026. Le guide zones sous-dotées détaille les aides associées à chaque zone.
Ce que cela change pour un médecin qui s'installe
Un département faiblement doté n'est pas homogène. Dans l'Oise ou l'Eure, la commune sans médecin à cinq kilomètres d'un bourg équipé n'a pas le même potentiel que le chef-lieu de canton dont le dernier généraliste part à la retraite. Le bon niveau de décision est la commune ou l'intercommunalité, avec trois critères : le nombre de praticiens déjà présents, la population desservie et sa croissance, le zonage et les aides qui en découlent. L'Indice d'Installation combine ces critères pour chaque commune, et les pages départementales listent les communes les mieux placées : par exemple Cher ou Oise.
Pour qui analyse une zone d'implantation, la question est inverse : documenter le manque pour monter un projet d'exercice coordonné, dimensionner un cabinet ou recruter. Le portrait de territoire produit cette documentation en une heure, comparaison départementale comprise.
Aller plus loin
Documentez votre territoire en une heure
Le portrait de territoire compare votre périmètre au département, à la région et à la France : densité, âge des praticiens quand il est estimé, accès, structures. Exports Excel et PDF.