Mayotte, la Mayenne, l'Ain, l'Eure et le Cher sont les cinq départements où la densité de médecins est la plus faible en 2026, entre 11,7 et 24,6 médecins pour 10 000 habitants contre 44,3 en France. Dans 78 départements sur 101, le nombre de médecins a reculé en cinq ans, et 25 244 communes, soit 10,8 millions d'habitants, n'ont aucun médecin sur leur territoire.
Comment ce classement est construit
Le mot « désert médical » n'a pas de définition réglementaire. Pour classer les départements, nous retenons l'indicateur le plus simple et le plus robuste : le nombre de médecins exerçant dans le département rapporté à sa population, exprimé pour 10 000 habitants. Il est complété par trois lectures qui nuancent le rang : la part de la population vivant à plus de quinze minutes d'un médecin généraliste, le solde des effectifs sur cinq ans (2020-2025) et la part des médecins de 55 ans et plus, qui annonce les départs à venir.
Une précaution de lecture : les effectifs proviennent du répertoire RPPS et couvrent tous les médecins, généralistes et spécialistes, libéraux et salariés, comptés à leur lieu d'exercice déclaré. Un département qui accueille un centre hospitalier universitaire voit sa densité gonfler par ses praticiens hospitaliers. C'est ce qui porte Paris à 137 médecins pour 10 000 habitants. Le classement des départements les moins dotés n'en souffre pas : aucun d'eux n'héberge de CHU.
Les 20 départements les moins dotés en médecins
| Département | Population | Médecins | Pour 10 000 hab. | > 15 min | Solde 5 ans | 55 ans et + |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Mayotte | 256 518 | 301 | 11,7 | 48,2 % | +8 | 41,9 % |
| Mayenne | 305 468 | 641 | 21,0 | 0,0 % | −18 | 43,1 % |
| Ain | 679 521 | 1 498 | 22,0 | 0,0 % | −44 | 43,1 % |
| Eure | 602 714 | 1 350 | 22,4 | 0,1 % | −29 | 44,6 % |
| Cher | 298 660 | 735 | 24,6 | 1,2 % | −50 | 56,7 % |
| Aube | 310 447 | 814 | 26,2 | 0,6 % | +5 | 46,4 % |
| Eure-et-Loir | 433 430 | 1 140 | 26,3 | 0,2 % | −46 | 54,1 % |
| Oise | 829 899 | 2 189 | 26,4 | 0,0 % | −51 | 46,4 % |
| Meuse | 180 290 | 477 | 26,5 | 1,0 % | −2 | 44,4 % |
| Guyane | 293 996 | 793 | 27,0 | 7,8 % | −9 | 29,6 % |
| Deux-Sèvres | 375 996 | 1 028 | 27,3 | 0,1 % | −21 | 41,2 % |
| Haute-Saône | 233 471 | 640 | 27,4 | 0,2 % | −19 | 42,2 % |
| Indre | 216 069 | 594 | 27,5 | 0,1 % | −14 | 57,1 % |
| Sarthe | 569 294 | 1 567 | 27,5 | 0,0 % | −13 | 39,6 % |
| Ardennes | 265 905 | 738 | 27,8 | 0,2 % | −24 | 54,2 % |
| Dordogne | 417 614 | 1 164 | 27,9 | 0,3 % | −34 | 46,0 % |
| Nièvre | 201 417 | 570 | 28,3 | 1,7 % | −8 | 58,8 % |
| Lot-et-Garonne | 333 602 | 948 | 28,4 | 0,3 % | −48 | 56,0 % |
| Aveyron | 279 642 | 801 | 28,6 | 2,8 % | +4 | 45,6 % |
| Vendée | 716 111 | 2 051 | 28,6 | 0,7 % | −22 | 37,9 % |
Trois enseignements se dégagent. D'abord, la géographie : hors Mayotte et Guyane, les départements les moins dotés dessinent une diagonale qui va de l'Eure aux Ardennes par le Bassin parisien (Eure-et-Loir, Oise, Aube, Cher, Indre, Nièvre), puis descend vers le Sud-Ouest (Deux-Sèvres, Dordogne, Lot-et-Garonne). L'Ain, la Mayenne, la Sarthe et la Vendée complètent le tableau : des départements à la population en croissance, dont l'offre médicale n'a pas suivi.
Ensuite, la dynamique : sur ces vingt départements, dix-sept ont perdu des médecins entre 2020 et 2025. L'Oise en a perdu 51, le Cher 50, le Lot-et-Garonne 48, l'Eure-et-Loir 46, l'Ain 44. Seuls Mayotte (+8), l'Aube (+5) et l'Aveyron (+4) progressent, à partir de niveaux très bas.
Enfin, l'âge : dans la Nièvre, l'Indre, le Cher, le Lot-et-Garonne, les Ardennes et l'Eure-et-Loir, plus d'un médecin sur deux a 55 ans ou plus, contre 38,9 % en France. Ces départements cumulent une densité faible et une pyramide des âges qui promet de nouveaux départs avant 2035. C'est là que la situation se dégradera le plus vite sans installations.
Pourquoi la part de population à plus de 15 minutes reste faible
Le lecteur s'étonnera que la part de population vivant à plus de quinze minutes d'un généraliste soit presque nulle dans des départements réputés sous-dotés. La raison tient à la manière dont le temps d'accès est calculé : il vaut zéro dès qu'un médecin exerce dans la commune, et il mesure un trajet en voiture vers le cabinet le plus proche, sans tenir compte de sa charge. En métropole, le maillage des bourgs suffit à placer presque tout le monde à moins de quinze minutes d'un cabinet. L'indicateur ne devient parlant que dans les territoires d'outre-mer (48,2 % à Mayotte, 7,8 % en Guyane) et, à la marge, dans l'Aveyron (2,8 %) et la Nièvre (1,7 %).
Le désert médical métropolitain n'est donc pas d'abord une question de distance, mais de capacité : un cabinet accessible dont l'agenda est plein. Pour le mesurer, la DREES a construit l'accessibilité potentielle localisée, qui pondère l'offre par son activité et par la demande environnante. Nous en détaillons le fonctionnement et les limites dans un article dédié à l'APL.
Le contrepoint : les cinq départements les plus dotés
| Département | Population | Médecins | Pour 10 000 hab. | 55 ans et + |
|---|---|---|---|---|
| Paris | 2 103 778 | 28 935 | 137,5 | 43,1 % |
| Hautes-Alpes | 143 467 | 882 | 61,5 | 33,4 % |
| Pyrénées-Atlantiques | 706 564 | 4 286 | 60,7 | 32,5 % |
| Rhône | 1 914 457 | 11 447 | 59,8 | 31,4 % |
| Gironde | 1 690 579 | 10 108 | 59,8 | 32,5 % |
L'écart entre les extrêmes est de un à douze entre Mayotte et Paris, de un à trois entre la Mayenne et les Hautes-Alpes. À l'échelle des régions, Centre-Val de Loire (33,4), Pays de la Loire (34,8), Normandie (37,0) et Hauts-de-France (39,7) sont les régions métropolitaines les moins dotées ; Île-de-France (56,5) et Provence-Alpes-Côte d'Azur (51,0) les mieux pourvues. La région parisienne cumule pourtant, à l'échelle de ses départements de grande couronne, certaines des accessibilités les plus faibles de France : la densité régionale masque l'écart entre Paris et la Seine-et-Marne.
Le zonage ARS confirme l'étendue du problème
Les agences régionales de santé classent chaque commune selon la difficulté d'accès aux médecins généralistes. Au millésime 2024, 16 730 communes sont en zone d'intervention prioritaire (ZIP) et 13 800 en zone d'action complémentaire (ZAC), pour 3 524 communes hors zonage et 831 en zone de vigilance. Autrement dit, près de neuf communes sur dix ouvrent droit à au moins une aide conventionnelle à l'installation. Le guide zones sous-dotées détaille les contrats associés à chaque zone.
Ce que cela change pour un médecin qui s'installe
Un département faiblement doté n'est pas homogène. Dans l'Oise ou l'Eure, la commune sans médecin à cinq kilomètres d'un bourg équipé n'a pas le même potentiel que le chef-lieu de canton dont le dernier généraliste part à la retraite. Le bon niveau de décision est la commune ou l'intercommunalité, avec trois critères : le nombre de praticiens déjà présents et leur âge, la population desservie et sa croissance, le zonage et les aides qui en découlent. L'Indice d'Installation combine ces critères pour chaque commune, et les pages départementales listent les communes les mieux placées : par exemple Cher ou Oise.
Pour qui analyse une zone d'implantation, la question est inverse : documenter le manque pour appuyer une demande de classement en zone d'intervention prioritaire, monter un projet d'exercice coordonné ou recruter. Le portrait de territoire produit cette documentation en une heure, comparaison départementale comprise.
Aller plus loin
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