Les déserts médicaux constituent l'un des défis majeurs du système de santé français. Selon l'APL 2024 de la DREES, 12,3 millions d'habitants, soit 18 % de la population, vivent dans une commune où l'offre de médecine générale est inférieure à 2,5 consultations par habitant et par an. Mais au-delà du ressenti, comment définit-on objectivement un désert médical ? Et quels territoires sont réellement concernés ?
Qu'est-ce qu'un désert médical ?
Il n'existe pas de définition juridique unique du « désert médical ». En pratique, le terme désigne un territoire où l'accès aux soins de premier recours est significativement inférieur à la moyenne nationale. Les Agences Régionales de Santé (ARS) utilisent un indicateur précis pour objectiver cette notion : l'Accessibilité Potentielle Localisée (APL), calculée par la DREES.
L'APL ne se limite pas au nombre de praticiens dans une commune. Elle prend en compte l'offre de soins des communes environnantes, le temps de trajet et la consommation de soins de la population locale. Pour les médecins généralistes, l'APL s'exprime en nombre de consultations par habitant et par an. En 2024, la moyenne pondérée par la population est de 3,73 consultations par habitant. Les communes dont l'APL est inférieure à 2,5 sont généralement considérées comme sous-dotées.
Le zonage ARS : ZIP, ZAC et hors zonage
Sur la base de l'APL et d'autres critères (dynamique démographique, âge des praticiens, spécificités géographiques), les ARS classent chaque territoire en trois catégories :
- ZIP (Zone d'Intervention Prioritaire) : les territoires les plus en difficulté. C'est là où les aides financières à l'installation sont les plus élevées.
- ZAC (Zone d'Action Complémentaire) : des territoires fragiles où l'offre de soins risque de se dégrader. Des aides sont disponibles mais avec des montants inférieurs aux ZIP.
- Hors zonage : l'offre de soins est jugée suffisante. Pas d'aide spécifique liée au zonage.
Ce zonage est révisé régulièrement par chaque ARS. Toposanté intègre celui des médecins généralistes, des chirurgiens-dentistes et des masseurs-kinésithérapeutes. Les infirmier(e)s, sages-femmes et orthophonistes libéraux ont leur propre zonage conventionnel, arrêté par chaque ARS et consultable sur ameli.fr, que Toposanté n'intègre pas encore. Les pharmacies relèvent d'un autre régime, fondé sur des seuils de population.
L'état des lieux en chiffres
Toposanté analyse 34 935 communes de France métropolitaine et d'outre-mer, pour 9 professions de santé. Voici les chiffres clés de la démographie médicale :
- 62 900 médecins généralistes libéraux dans 8 784 communes : 26 151 communes, où vivent 12,0 millions d'habitants, n'en comptent aucun
- 50 756 chirurgiens-dentistes dans 5 538 communes, pour une APL moyenne pondérée de 61,9 ETP pour 100 000 habitants
- 73 937 pharmaciens dans 8 259 communes, et 20 003 pharmacies d'officine recensées dans FINESS
- 108 919 kinésithérapeutes présents dans 10 008 communes
- 103 509 infirmier(e)s libéraux dans 11 717 communes
- 24 586 orthophonistes libéraux dans 5 977 communes
- 17 101 pédicures-podologues libéraux dans 5 202 communes
- 15 957 établissements vétérinaires dans 5 635 communes (source SIRENE)
- 9 975 sages-femmes libérales dans 3 577 communes
Dentistes, pharmaciens et kinésithérapeutes sont comptés tous modes d'exercice confondus (RPPS) ; les autres professions de santé humaine, en exercice libéral.
La répartition est très inégale. Les grandes agglomérations concentrent une part disproportionnée des praticiens, tandis que les territoires ruraux et périurbains font face à des pénuries chroniques. Pour les médecins généralistes libéraux, la moyenne nationale est de 9,2 pour 10 000 habitants. Paris en compte 11,4, quand la Seine-Saint-Denis (5,5), l'Essonne (5,8) et les Yvelines (6,6) figurent parmi les départements les moins dotés de France, aux côtés de l'Eure-et-Loir (5,4), de l'Eure (5,7), de la Mayenne (5,8) et du Cher (5,8).
Les régions les plus touchées
Les déserts médicaux ne se limitent pas aux zones rurales isolées. On les retrouve aussi dans certaines banlieues et villes moyennes. Les régions historiquement les plus touchées sont :
- Centre-Val de Loire : la région métropolitaine la moins dotée en médecins généralistes libéraux (7,2 pour 10 000 habitants), avec une population vieillissante
- Île-de-France : 7,5 pour 10 000 habitants, un contraste fort entre Paris et les départements de couronne
- Pays de la Loire et Bourgogne-Franche-Comté : 8,2 et 8,7 pour 10 000 habitants, avec des départements comme la Mayenne, la Sarthe ou la Saône-et-Loire parmi les moins dotés
- Normandie : l'Eure et l'Orne figurent parmi les départements les plus déficitaires
- Guyane et Mayotte : 4,0 et 1,7 généralistes libéraux pour 10 000 habitants, des difficultés d'attractivité structurelles malgré des besoins de santé élevés
À l'inverse, Provence-Alpes-Côte d'Azur (11,8), la Corse (11,3), la Nouvelle-Aquitaine (11,1) et Paris (11,4) bénéficient d'une densité supérieure, même si des disparités intra-régionales importantes existent. Densités : effectifs RPPS du 16/09/2026 rapportés aux populations légales 2023.
L'impact sur la population
Vivre dans un désert médical a des conséquences concrètes : des délais d'attente rallongés (parfois plusieurs mois pour un rendez-vous chez le dentiste ou le spécialiste), des renoncements aux soins, des déplacements longs pour accéder à un cabinet médical, et une surcharge des urgences hospitalières.
Les populations les plus vulnérables - personnes âgées, familles monoparentales, personnes à mobilité réduite - sont les premières impactées. Le manque de médecins généralistes se répercute aussi sur le dépistage et la prévention, avec des retards diagnostiques mesurables.
Les leviers pour lutter contre les déserts médicaux
Plusieurs mécanismes existent pour inciter les professionnels de santé à s'installer dans les territoires sous-dotés :
- Les aides financières (aides conventionnelles en vigueur et dispositifs fiscaux sous conditions) pour les installations en ZIP et ZAC
- Le Contrat d'Engagement de Service Public (CESP) qui finance les études en échange d'une installation en zone sous-dotée
- Le développement des maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) qui mutualisent les moyens et facilitent l'exercice coordonné
- La télémédecine, qui permet de maintenir un accès aux soins là où l'offre physique fait défaut
- La délégation de tâches vers les infirmier(e)s en pratique avancée (IPA) et les pharmaciens
Utiliser Toposanté pour identifier les déserts médicaux
Toposanté permet de visualiser les besoins d'installation par commune et par profession grâce à l'Indice d'Installation, un score de 0 à 100 qui combine jusqu'à six dimensions pondérées selon la profession (cinq pour les médecins généralistes). La carte interactive offre une vue immédiate des zones en tension, et les pages déserts médicaux par département détaillent les communes les plus impactées.
Que vous soyez un professionnel de santé qui prépare son installation ou un groupe, un réseau de cabinets ou un porteur de projet qui analyse une zone d'implantation, Toposanté met à disposition des données ouvertes et vérifiables pour objectiver la situation et guider les décisions.
Au-delà du nombre de praticiens : l'accès financier
Un territoire peut compter assez de médecins et rester difficile d'accès financièrement. C'est le cas lorsque l'offre est majoritairement en secteur 2 sans option de maîtrise tarifaire : le reste à charge décourage une partie des patients. Toposanté publie pour cette raison la part de praticiens en secteur 1 de chaque commune, pour les médecins et les chirurgiens-dentistes, à côté des effectifs. Les deux lectures se complètent : la densité dit combien de praticiens exercent, la part en secteur 1 dit à quelles conditions on les consulte. Comprendre le secteur conventionnel et l'OPTAM.
Questions fréquentes
Combien de communes sont en désert médical en France ?
La notion de « désert médical » dépend de la définition retenue. Selon l'APL 2024 de la DREES, 13 217 communes ont une APL inférieure au seuil de 2,5 consultations par habitant pour les médecins généralistes. Au zonage 2024 intégré par Toposanté, les ARS classent 30 507 communes en ZIP (16 727) ou en ZAC (13 780) pour les médecins généralistes. Toposanté analyse 34 935 communes et attribue un Indice d'Installation qui permet d'identifier les plus en besoin.
Les déserts médicaux concernent-ils uniquement les zones rurales ?
Non. Certaines zones périurbaines et banlieues de grandes villes sont aussi en déficit de praticiens. En Île-de-France, la grande couronne (Seine-et-Marne, Val-d'Oise) présente des zones sous-dotées alors que Paris intra-muros est bien pourvue. Le phénomène touche tous les types de territoires.
Quelles professions sont les plus touchées ?
Les médecins généralistes sont les plus emblématiques, mais les chirurgiens-dentistes, les kinésithérapeutes et les infirmier(e)s libéraux connaissent aussi des tensions importantes dans certains territoires. Les pharmaciens sont mieux répartis grâce au maillage réglementaire des officines.