La kinésithérapie libérale connaît une croissance soutenue en France. Avec 108 919 masseurs-kinésithérapeutes en exercice, présents dans 10 008 communes, c'est l'une des professions de santé les plus dynamiques. Pourtant, de nombreuses communes - notamment rurales et périurbaines - manquent cruellement de kinés, avec des délais d'attente de plusieurs semaines voire plusieurs mois pour les patients.
La situation en chiffres
Les données Toposanté, issues du RPPS (code profession 70, extraction du 16/09/2026), révèlent des disparités marquées :
- 108 919 kinésithérapeutes référencés dans le RPPS, tous modes d'exercice confondus, dont 92 809 ont une activité libérale
- 10 008 communes ont au moins un kinésithérapeute - soit moins d'un tiers des communes françaises
- Plus de sept communes françaises sur dix (24 927) n'ont aucun kiné installé, obligeant les patients à se déplacer
- Le sud de la France (PACA, Occitanie, Nouvelle-Aquitaine) concentre une densité supérieure à la moyenne, tandis que le nord et le centre sont sous-dotés
La population vieillissante génère une demande croissante en rééducation : post-opératoire, pathologies chroniques (lombalgies, arthrose), maintien à domicile des personnes âgées. La demande va continuer d'augmenter dans les années à venir.
Le zonage ARS pour les kinésithérapeutes
Les kinésithérapeutes font l'objet d'un zonage ARS spécifique, distinct de celui des médecins généralistes. Les ARS classent les territoires en niveaux de dotation, de « très sous-dotée » à « sur-dotée », selon des critères adaptés à la profession, notamment la densité de kinésithérapeutes libéraux rapportée aux besoins de la population. Au zonage 2024 intégré par Toposanté, 12 888 communes sont classées très sous-dotées et 5 948 sous-dotées.
S'installer en zone très sous-dotée donne accès aux contrats incitatifs de l'Assurance Maladie (CACCMK pour une création de cabinet, CAIMK pour une installation dans un cabinet existant) et aux autres aides décrites dans notre article sur les aides financières à l'installation. Toposanté intègre le zonage kiné dans son Indice d'Installation.
Les démarches d'installation
1. Inscription à l'Ordre
L'inscription au tableau de l'Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes est obligatoire. Elle se fait auprès du Conseil départemental de l'Ordre du lieu d'exercice. Il faut fournir le diplôme d'État (ou l'autorisation d'exercice pour les diplômes étrangers), une pièce d'identité et une assurance RCP.
2. Conventionnement
Le conventionnement avec l'Assurance Maladie permet de pratiquer des tarifs pris en charge par la Sécurité sociale. Les actes sont codés en NGAP (Nomenclature Générale des Actes Professionnels). Les principaux actes sont la rééducation fonctionnelle (AMK/AMC), les soins à domicile et les bilans diagnostiques kiné (BDK).
3. Enregistrement URSSAF et CARPIMKO
L'affiliation à l'URSSAF et à la CARPIMKO (caisse de retraite des auxiliaires médicaux) est obligatoire. Les cotisations de première année sont réduites pour faciliter le démarrage d'activité.
Où s'installer ? Les opportunités en 2026
Les données Toposanté identifient les zones de plus forte opportunité pour les kinésithérapeutes :
- Île-de-France périphérique : la grande couronne (Seine-et-Marne, Val-d'Oise, Essonne) combine une population dense et un déficit de kinés
- Hauts-de-France : les départements du nord (Aisne, Somme, Pas-de-Calais) sont parmi les plus sous-dotés
- Centre-Val de Loire : faible densité de kinés, population vieillissante, départs en retraite élevés
- Normandie : l'Orne et l'Eure figurent régulièrement en tête des départements déficitaires
Consultez les opportunités par région sur Toposanté pour une vue détaillée, ou explorez la carte interactive en mode kinésithérapeute.
Exercice à domicile : une spécificité kiné
Contrairement à la plupart des professions de santé libérales, une part significative de l'activité des kinés s'effectue à domicile. Les soins à domicile représentent 20 à 40 % de l'activité selon les zones. Cette spécificité a des implications sur le choix d'installation :
- Un cabinet situé au centre d'un bassin de vie rural permet de couvrir efficacement les communes environnantes
- Les indemnités de déplacement (IFD) compensent partiellement les frais de transport
- Le temps de trajet réduit le nombre d'actes quotidiens : en zone rurale, prévoir 15 à 20 actes par jour contre 25 à 30 en cabinet urbain
Le bilan diagnostique kiné (BDK)
Depuis 2000, le BDK est un acte à part entière qui valorise l'expertise diagnostique du kiné. En 2024, l'accès direct (sans ordonnance médicale) a été étendu pour certaines pathologies. Cette évolution renforce l'autonomie du kinésithérapeute et peut faciliter l'accès aux soins dans les zones sans médecin.
Questions fréquentes
Quel est le revenu moyen d'un kinésithérapeute libéral ?
Le chiffre d'affaires moyen d'un kiné libéral se situe autour de 80 000 à 120 000 euros par an, avec un revenu net d'environ 40 à 55 % du chiffre d'affaires (après charges et cotisations). En zone sous-dotée, l'activité est souvent plus soutenue et le chiffre d'affaires dans la fourchette haute.
Faut-il un diplôme spécifique pour exercer en libéral ?
Le diplôme d'État de masseur-kinésithérapeute (5 ans d'études depuis 2015) suffit pour l'exercice libéral. Aucune formation complémentaire n'est requise, bien que des spécialisations (sport, pédiatrie, gériatrie) puissent enrichir l'offre de soins.
Peut-on s'installer dès la fin des études ?
Oui. Contrairement aux infirmier(e)s libéraux, aucune expérience hospitalière préalable n'est requise pour les kinésithérapeutes. L'installation est possible dès l'obtention du diplôme et de l'inscription à l'Ordre.